mai 21

Le clic qui balance

camille

Concours de nouvelles organisé par Monbestseller : Mais pourquoi ai-je donc liké Camille Britton ?

Camille Britton, ne cherchez pas qui c’est… Vous ne connaissez pas ; un homme, une femme ? Taille, look, caractère, allure ? On n’en sait pas plus, et moi,  je ne peux pas vous aider. Si le personnage est toxique ? aucune idée. La seule chose que je sache, c’est que vous avez cliqué sur son nom…

Les causes les conséquences et en quoi cela a changé votre destin et/ou celui de votre entourage.
Une cellule psychologique qui assiste le jury prestigieux vous aidera à surmonter cette épreuve ou… ce bonheur absolu. 
Et même, vous récompensera. Tout dépend.

Le tout dans une nouvelle de 6000 caractères, espaces compris.

Voici ma copie…


 

La lumière, toujours la lumière… personne n’éteint donc jamais la lumière ici ?

On m’avait pourtant prévenu : « Si tu te fais gauler, si tu vas en taule, tu verras : le plus chiant c’est la lumière. Elle s’éteint jamais, comme dans les poulaillers modernes pour que les poules soient paumées et ne distinguent pas le jour de la nuit et pondent comme des folles. En taule, tout est pénible, faut te méfier de tout. Mais la lumière c’est pire que tout… »

Moi qui aimais tant m’isoler, réfléchir dans le noir, regarder le plafond sans le voir, je suis obligé de trouver une autre solution. Fermer les yeux, plonger la tête dans l’oreiller, remonter mon col au-dessus de mes yeux. De nouvelles gymnastiques, de nouvelles postures pour enfin trouver l’obscurité. Et faire le vide. Quand je le peux.

Pourtant, la lumière, je l’ai aimée, elle a été mon alliée pour travailler, pour gagner ma vie. C’était mon job. Si on peut dire.

Aller là où il y avait du monde, là où il y avait la foule. Là où il y avait le fric. Et traquer l’inattention. Attendre le moment où les quidams sont concentrés sur une activité et utiliser cette concentration comme une arme contre eux-mêmes. Etre concentré sur un point, c’est être distrait sur un autre. Quand tu cherches un horaire d’avion, un billet de train, un numéro de téléphone, tu fais pas gaffe à ton portefeuille, à ton sac à main, à ta veste posée sur une chaise, à ta sacoche sur le siège bébé du caddy.

Et j’en ai piqué des sacs, des sacoches, des porte-monnaie, des chéquiers, des cartes bancaires. Chez moi, c’était une véritable succursale de la banque.

Mais je connais trop bien le boulot pour ne pas faire d’erreur, l’erreur du débutant trop heureux de son nouveau butin. Le fric liquide, je l’écoulais rapidement, aucun risque là-dessus. Avec le liquide, je m’achetais à bouffer, à boire, des bouteilles d’alcool, des fringues, des bricoles que je gardais pas. Les chéquiers, je faisais plus gaffe. Je connaissais les magasins qui ne demandaient pas de pièce d’identité. Et si une caissière me réclamait ma carte, je lui faisais mon plus beau sourire et neuf fois sur dix, ça passait. Mais je revenais plus dans le magasin. Trop dangereux. Pas envie de me faire piquer. Les potes m’avaient dit pour la taule. Et j’avais pas envie de tester.

Les cartes bancaires, c’était pareil. Je m’en méfiais comme de la peste. Le top du top, c’était quand je prenais le sac à main entier et que la gonzesse était une blonde qui avait noté son code sur un papier dans le sac. Là, j’étais le roi du pétrole. J’allais dans un magasin, je testais avec une petite somme en ayant toujours assez en espèces sur moi. Si le code fonctionnait pas, je jouais l’imbécile, je payais en liquide et je partais fissa. Si le code était ok, c’était bonnard pour quelques heures. Après, la carte était grillée et fallait plus y toucher. Pour les cartes, fallait être rapide, plus rapide que les banques, mais faire gaffe à tout. Surtout aux distributeurs qui ont tous des caméras…

J’étais le plus méfiant des méfiants. Je laissais rien au hasard.

Mais petit à petit, j’ai fini par réussir à faire mon trou et à être considéré par les flics comme un voleur reconnaissable et un gibier intéressant. Une reconnaissance dont je me serais bien passé. Et je sais pas comment ces tordus y sont parvenus, comment ils ont fait, mais un jour, j’ai vu un avis de recherche avec ma photo dessus. Mon nom et ma tête. Derrière le bureau de la caisse centrale du Carrefour d’Epinal où j’allais souvent. Là, j’ai senti qu’il fallait que je me fasse tout petit, que je me fonde dans la foule pour passer le plus inaperçu possible.

Je me suis même dit que le mieux serait de faire une retraite, que je me planque, et que je me montre pas pendant un moment. J’ai fait un gros plein de bouffe, je suis parti loin d’Epinal et j’ai pris une chambre d’hôtel. Près de Clermont, au beau milieu de la France. A l’ombre quelques semaines, histoire de me faire oublier. J’avais un peu de liquide, ce qui me permettait de vivre quelque temps sans laisser de traces. Pendant trois semaines, je me suis baladé d’hôtel en hôtel, je ne restais pas plus de trois jours au même endroit pour ne pas attirer l’attention. Je passais mes journées à glander, à roupiller ou à regarder la télé ou des vidéos sur le net. Pas de coups de fil à personne. Pas de nouvelles. Rien.

Et puis un matin, à six heures, j’ai entendu ma porte d’hôtel s’ouvrir, et une meute de mecs est entrée. Avec des cagoules, des casques, des pistolets et des fusils. Tout ce petit monde a déboulé dans ma piaule en hurlant, et le temps que je réalise, j’étais déjà au sol, les mains dans le dos et le genou d’un gros flic au milieu de la colonne vertébrale. Immobilisé. Comme une tortue sur le dos. Incapable de faire le moindre mouvement.

Une heure après, j‘étais au commissariat. Sonné. Je ne comprenais pas ce que je faisais là. Qui m’avait donné. Je n’avais prévenu personne. Qui pouvait bien savoir que j’étais dans le massif central, moi le Jurassien qui ne sortais que rarement de ma paroisse…

« Comment m’avez-vous trouvé ? j’ai demandé.

– Géolocalisé mon p’tit gars, m’a répondu le flic qui me surveillait. Facebook.

-Facebook ?

– Ouais.

Il ouvrit mon dossier et en sortit une feuille.

– Depuis combien de temps tu la connais la petite Britton ?

– Qui ça ?

– Camille Britton ! T’es sourd ou quoi ?

– Camille Britton, connais pas… C’est qui ?

– C’est moi qui pose les questions, tu permets… C’est à cause d’elle que tu es là !

– Je sais même pas qui c’est. Son nom ne me dit rien…

Il a à nouveau regardé mon dossier.

– Ah, voilà ! Camille Britton… tu as cliqué « J’aime » sur un article qu’elle a posté dimanche soir à 21h52. »

Et là, ça m’est revenu… Dimanche, j’étais affalé sur mon lit avec mon ordi portable, en train de mater d’un œil un film à la télé. Je me baladais sur différents profils facebook, je zappais, et d’un coup, j’ai vu, tu sais quoi ? Ma photo. Ouais, ma tronche sur internet. Un avis de recherche. Comme quoi j’étais recherché dans la région d’Epinal. Pour différents vols. Et je ne sais pas pourquoi, comme un con, j’ai liké. J’ai pas fait gaffe. Depuis des mois, je faisais attention à tout. Et là, j’ai vu ma gueule. Je l’ai trouvée cool cette photo. J’me suis trouvé pas mal. Belle gueule. J’ai liké la photo de Camille machin là. C’est un clic qui m’a balancé. Juste un petit clic. Quel con quand même ! Bordel de merde. Quel con, mais quel con je fais….. Pourquoi j’ai liké Camille Britton ?

La lumière, toujours la lumière… mais putain, personne n’éteint donc jamais la lumière ici ?

© JM Bassetti. Saint Aubin, le 21 Mai 2015. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

avril 24

Cols et manches (Nouvelle primée au concours Monbestseller)

Concours de nouvelles organisé par le site www.monbestseller.com
Ma nouvelle « Cols et manches » vient d’obtenir le Premier prix.
Et je suis vraiment très très très content…
Votre nouvelle commencera ou se terminera par « Ce n’est pas du tout ce que vous croyez ». Avant ou après, vous imaginerez ou suggérerez ce qui s’est passé. Nous sommes bien curieux de le découvrir.
Participez au concours de nouvelles « Ce n’est pas du tout ce que vous croyez » de Pâques, et tant qu’on ne saura pas ce qu’il faut croire, on ne pourra célébrer Pâques correctement. Alors auteurs en herbe et auteurs confirmés, à vos plumes ou à vos claviers !

chemisesLe réveil vient de sonner. 4 h30. Tsaïng To ouvre les yeux, doucement. C’est tôt, vraiment tôt. Voilà un an maintenant que Tsaïng-To se lève à 4h30. Eté comme hiver. Il faut dire qu’il n’a pas eu le choix. Depuis un moment déjà, il était sur le marché du travail. A la recherche d’une place, quelque part. Tsaïng-To n’est pas beaucoup allé à l’école. Aussi ne cherchait-il pas une place d’ouvrier très qualifié. Mais il faut travailler. La nourriture est chère. Et il faut manger tous les jours. Lui, et toute sa famille. Huit personnes à nourrir. Le travail quotidien pour gagner sa croûte.

Tsaïng-To a trouvé une place dans une petite usine de textile juste à l’entrée de Shangaï. Cette semaine, il a été mis à l’atelier des chemises. Assis pendant dix heures devant sa machine à coudre, il coud, file, surfile. Les manches et les cols. Voilà son travail. Des chemises de toutes tailles, de toutes couleurs, mais de ça, il s’en fiche. Le geste est toujours le même, quelle que soit la couleur du tissu. Le mois dernier, il a cousu des porte-jarretelles. Deux cents par jour. En cousant, il imagine les jambes qui les porteront. Des jambes d’Européennes, des jambes d’Américaines, des fuselées, des minces, des grosses. Ca le fait sourire, Tsaïng-To et ça passe le temps.

Il se lève enfin, il aurait bien traîné au lit, peut-être jusqu’à six heures, mais sa machine à coudre l’attend, il faut relever l’équipe de nuit. Lui, il ne fait pas les nuits. C’est Shokaï qui utilise sa machine pendant qu’il dort. Quelques gouttes sur le nez, histoire de dire que la toilette est faite, une galette de riz et un bol de thé et le voilà paré. Tsaïng-To met son manteau, enfile ses sandales, prend le sac contenant son repas de midi et sort dans la nuit. Les petits dorment encore. L’école ne commence qu’à huit heures et elle est dans le village. Ils ont la chance de dormir jusqu’à sept heures. Ah ! Ce que Tsaïng-To aimerait encore être petit !

Les yeux lui piquent encore. Il enfourche son vélo et le voilà parti. Chaque matin et chaque soir, il lui faut couvrir les douze kilomètres qui séparent sa maison de l’usine. Il fait noir. Parfois, il a peur, surtout au début du trajet, parce qu’il n’y a pas grand monde sur la route. Au bout de trois kilomètres, il rejoint la grand-route. La nationale qui mène à Shangaï. Là, il s’arrête au coin de la cabine téléphonique et attend Hito. Hito est son ami. Il travaille dans la même usine que lui. Pas dans le même atelier, mais juste à côté. Ils se retrouvent le midi pour prendre leur repas ensemble. Tsaïng-To attend ce matin. Hito semble être en retard.

« Je vais attendre encore un peu et puis ensuite, je vais y aller, se dit Tsaïng-To. Le contremaître ne rigole pas avec le retard ». Le mois dernier, sa journée ne lui a pas été payée, pour un quart d’heure à peine.

Hito arrive enfin.

« Ah, quand même. J’allais partir, lui reproche Tsaïng-To.

– J’ai de la fièvre, lui répond Hito. Je n’ai pas dormi de la nuit. Ce matin, j’ai bien cru que je n’allais pas pouvoir me lever. Roule devant, je vais prendre ta roue, ça me soulagera un peu.

– Tu vas aller chez le docteur ?

– Sûrement pas. Ca va passer tout seul. C’est cher le docteur, et tu sais bien qu’on ne peut pas se le permettre. »

Et ils reprennent leur chemin. Tsaïng-To, devant, pédale dur et fait ce qu’il peut pour masquer à Hito le vent qui lui arrive de face.

Enfin l’usine est à portée de vue. Un dernier effort, et les voilà arrivés. Ils déposent leurs vélos sous le hangar qui en contient déjà une centaine. Hito part vers son atelier.

« A ce midi, bon courage, lui lance Tsaïng-To. »

Deweï, le contremaître accueille le nouvel arrivant à la porte de l’atelier. Il a la tête des mauvais jours. La journée commence mal et promet d’être rude.

« Juste à l’heure, Tsaïng-To. Il était temps. Si tu continues à être juste comme ça le matin, je vais me passer de toi et prendre quelqu’un d’autre. Je n’aurais pas de mal à te trouver un remplaçant. Je cogne dans une poubelle, et des minables comme toi, il en sort vingt. Allez, au boulot. Shokaï attend que tu veuilles bien commencer pour aller se coucher. Et tâche d’être plus efficace qu’hier. Le patron t’a remarqué. Il m’a dit que tu ne faisais pas assez, il va falloir te secouer.

– C’est que j’ai … répond Tsaïng-To

– Tais-toi, tu n’as rien à dire. La seule chose que tu as à faire, c’est de te mettre à ta machine et de coudre, l’interrompt Deweï.

– Mais j’ai..

– La ferme, tu n’as pas la parole. Allez, tout de suite ou tu repars chez toi.

Tsaïng-To a une boule dans la gorge. Il aimerait bien répondre quand l’injustice est trop grande, mais on ne lui en laisse pas la possibilité.

La galette de riz est déjà bien loin. Les douze kilomètres pèsent lourd dans les jambes. Tsaïng-To se frotte encore les yeux et démarre sa journée de travail. Un tas de chemises l’attend à côté de sa machine. Des vertes, des bleues et des roses ce matin. Une bonne cinquantaine de chaque. A sa gauche, un portant qui recevra  les vêtements cousus, placés sur des cintres  pour qu’ils partent à la mise en place des boutons. Dix heures de cols et de manches. Juste une demi-heure de pause le midi pendant laquelle il pourra discuter un peu avec Hito.

18 heures. Tsaïng-To étend les jambes sous sa machine à coudre, éteint la petite lumière et se lève. La journée est terminée. Déjà d’autres chemises  ont été déposées sur la table. Shokaï ne va pas tarder. La place est chaude, il va pouvoir prendre la relève pour l’équipe de nuit.

Tsaïng-To reprend son sac et se dirige vers la sortie. A la porte, se dresse l’imposante carrure de Deweï.

– C’est bon, lui dit-il. Tu as fait du bon travail aujourd’hui.

– Merci , répond Tsaïng-To, en se penchant en avant, mains jointes.

– Demain, tu devras en faire dix de plus, pour rattraper ton retard d’hier. Alors un bon conseil, va te coucher de bonne heure, passe une bonne nuit et reviens en forme demain matin. Et ne va pas traîner ce soir. Au  cabaret ou ailleurs, tu as besoin de sommeil.

– Mais que pensez-vous ? Qu’imaginez-vous ? Que je sors tous les soirs ? Ce n’est pas du tout ce que vous croyez. Vous savez bien que je ne vais pas dans les cabarets, Les cabarets sont interdits aux enfants. Et moi, je n’ai que neuf ans. » répond Tsaïng-To.

© JM Bassetti. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.

avril 9

Bip-bip et Toc-toc

Telephone-portable-samsungLe Bip-bip caractéristique de l’arrivée d’un SMS se fit entendre. Mais attention, pas le Bip-bip de tout le monde ! Le Bip-bip de Caroline. Mathieu le connaissait bien. Sur son téléphone, c’était le seul différent des autres. Une petite alerte personnalisée qui lui permettait de savoir instantanément que c’était elle, sa femme, sa biche, son amoureuse, qui lui écrivait un petit mot. Pour la sonnerie de téléphone, c’était la même chose. Il avait mis un extrait de Titanic, leur film fétiche. Quel que soit l’endroit où il se trouvait, il savait que c’était elle. Il ne refusait jamais un appel.

« Je rentrerai tard, Maman a besoin d’un coup de main pour couper ses rideaux. Je file. A ce soir. Je t’aime ».

– C’est drôlement pratique ces petits mots, ça permet de ne pas s’inquiéter, se dit Mathieu en reposant le téléphone.

Mais au fait ? Qui va s’occuper de Betty, leur petite fille ? Caro est-elle allée la chercher chez la nourrice ou c’est lui qui doit y aller ? Elle ne l’a pas précisé.

Mathieu reprit son téléphone. Mise en route, Messages, Messages de Caro, Réponse…

Juste quelques secondes pour y accéder. Il avait tellement l’habitude.

Le Toc-toc caractéristique de l’arrivée d’un SMS se fit entendre. Mais attention, pas le Toc-toc de tout le monde ! Le Toc-toc de Mathieu. Caroline le connaissait bien.

« Et Betty ? On fait quoi ? Elle est avec toi ? Bisous mon Ange»

Ben oui, Caroline le reconnut, elle n’avait pas assuré sur ce coup-là. Elle était partie comme ça, après un coup de fil de sa mère et n’avait pas songé à Betty. Oh. Elle pensait vraiment qu’elle allait rentrer tard. Ce serait mieux si Mathieu pouvait passer la prendre.

D’un simple coup de doigt, Caroline remit en fonction son téléphone qui s’était mis en veille. Rapidement, elle tapa sa réponse.

Le Bip-bip caractéristique de l’arrivée d’un SMS se fit entendre. Le Bip-bip de Caroline.

« Passe la prendre stp. Préviens tata avant. Donne-lui son bain si tu peux. Elle adore quand c’est toi. Tu es un si gentil papa. <3 <3 »

Un large sourire illumina le visage de Mathieu à la réception de ce SMS. Caro avait raison. Elle et leur fille étaient sa raison de vivre. Les deux femmes de sa vie. Il songea au jour de leur mariage, pas si éloigné du tout. Quelle belle journée. Tiens, il faisait aussi beau qu’aujourd’hui. Grand soleil. Mathieu regarda par la fenêtre. Oui, pareil. Même ciel bleu, même chaleur. Même envie de croquer la vie à belles dents avec la femme de sa vie. Et avec la petite fille que l’amour leur avait apportée.

Il reprit son téléphone, chercha le message de sa femme et répondit :

« D’accord, j’appelle et je passe la prendre. Prends ton temps avec ta mère. A ce soir mon Amour. J’ai envie de Toi. »

Mathieu appuya sur « Envoyer ».

Il n’eut pas le temps de reposer son Iphone. Le camion devant lui avait freiné brusquement et le crissement des pneus sur la route lui avait fait lever la tête. Mathieu avait lâché son téléphone, repris son volant bien en main et opéré un brusque changement de direction vers la gauche pour tenter d’éviter la collision avec le poids lourd.

Et il y était parvenu.

Le coin droit du parechoc avant frôla l’arrière du camion mais ne le toucha pas. La belle 308 rouge avait superbement réagi. Mathieu avait réussi. Il avait eu chaud.

Le Toc-toc caractéristique de l’arrivée d’un SMS de Mathieu se fit entendre. Caroline reprit son téléphone posé près d’elle. Elle n’eut pas besoin de regarder le nom de l’expéditeur, elle le connaissait d’avance : toc toc… Mathieu !

C’est juste au moment où elle allait prendre connaissance du message de Mathieu qu’elle aperçut cette 308 rouge qui déboulait de derrière un camion. Que faisait-elle là ? Dans sa file ? Trop vite, trop tard. En un éclair, Caroline reconnut le visage de son mari. Mais impossible de faire quoi que ce soit. Le choc était inévitable. De face, de plein fouet. A quatre-vingt à l’heure de chaque côté.

Betty allait devoir attendre ce soir pour prendre son bain.

Longtemps…

© JM Bassetti, le 8 Avril 2015. Reproduction interdite sans l’accord de l’auteur.

mars 24

Lauréat

short

J’ai reçu hier ce message et je dois dire humblement qu’il m’a fait grand plaisir.
Plusieurs fois recalé, plusieurs fois en finale et cette fois-ci Lauréat.
J’avoue que je ne boude pas mon plaisir. Bravo à tous les autres lauréats. Bravo à toutes celles et à à tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’être retenus.
L’écriture est une belle aventure. Mais solitaire… Souvent on a l’impression d’écrire dans le vide, de faire de la pub pour nos textes et puis de ne pas avoir de retour… J’ai mis toutes mes tripes dans cette histoire… Quoi ? Seulement deux « Like » sur FB, trois votes sur Short ? Merde alors…
Et puis d’un seul coup, un peu de reconnaissance… des votes, des commentaires, et aujourd’hui, le mot Lauréat à côté de mon nom.

piece
J’avoue que je suis plus heureux de cette dénomination que des 100 euros qui accompagnent le prix. Je ne les refuserai cependant pas, et ils seront transformés en un excellent repas au restaurant que nous ne nous serions pas payés autrement.
Ce qui me ravit aussi c’est de figurer sur le journal de Short et dans les « Recommandés » des applications Android et IOS. Parce que cette visibilité nous apporte des lecteurs. Et quoi de plus important pour un auteur que d’être lu ?
Merci à Short, merci aux lecteurs et aux votants.

Pour les habitués, le texte, c’est celui-ci : http://www.kervenec.net/uchronies/?p=2138

A bientôt ici, sur Short edition ou ailleurs…

JMB

mars 23

Ton bleu Marine

J’aime le bleu du ciel,camaieu-bleu_242468_1412878467
Où les oiseaux se perdent en volant
Où le soleil s’éclipse de temps en temps,
Mais bordel de trou de pine
Je n’aime pas le bleu marine.

J’aime le bleu de la mer
Où les poissons se cachent en nageant
Où le soleil s’enfonce de temps en temps
Mais bordel de trou de pine
Je n’aime pas le bleu marine.

J’aime le bleu de mon steak
Où le couteau glisse en coupant
Où un peu de sang perle de temps en temps
Mais bordel de trou de pine
Je n’aime pas le bleu marine.

J’aime le bleu de tes yeux
Où je me perds en rêvant
Où les étoiles scintillent quasiment tout le temps
Mais bordel de trou de pine
Je n’aime pas le bleu marine.

J’aime le bleu outremer,
Le bleu canard, le bleu cobalt et le cyan
Le bleu de Prusse et le bleu France évidemment
Mais bordel de trou de pine
Je n’aime pas le bleu marine.

Ai-je été assez clair ?
J’aime le rose, le vert et puis le blanc
Le rouge mais pas trop, le noir de temps en temps
Mais bordel de trou de pine
Je n’aime pas ton bleu, Marine.

© JM Bassetti, le 22 Mars 2015, au soir des élections départementales. Reproduction interdite sans accord de l’auteur.